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SPOOF

traduit de l’anglais

spoof [spu:f] , F : 1 Parodie, canular, travestissement. 2 Se dit d’un article de presse, ou émission de télévision, qui sous couvert de sérieux se révèle être une blague.

Dans la série SPOOF, Nathalie Croquet rejoue des images publicitaires vues dans les magazines.

Partie d’une démarche humoristique, cette série de « reproductions » photographiques a été créée en studio avec une équipe de professionnels qui ont réalisé ces images comme s’il s’agissait d’une commande parmi d’autres.

Dans la mouvance actuelle tant artistique que sociétale qui emploie au quotidien la mise en scène de soi, des auto-fictions de Cindy Sherman aux selfies diffusés dans les réseaux sociaux via internet, le travail de Nathalie questionne l’identité, la féminité, l’utilisation commerciale de l’image de la femme, et la notion de droit à l’image chez le créateur et le modèle.

Ce type de démarche d’autodérision crédibilise un certain propos féministe. Sa source d’inspiration est à chaque fois une femme qui joue un rôle de mannequin qui joue une femme dans une image publicitaire. C’est cette femme qui est le cœur du sujet, pas la publication elle-même. Le mannequin ou l’actrice n’existent plus, ne reste que l’icône.

Au passage sont révélés les canons de la beauté dans l’univers occidental qui soumet la femme à des normes souvent très inconscientes. Silhouette, âge, peau, tout y passe. Le contraste entre l’original et la « copie » est saisissant, la reproduction est plus crédible que l’original.

La notion d’oeuvre, d’original, voire de droit d’auteur pose question ici. Qui est l’auteur ? Le photographe de la campagne publicitaire qui a inspiré le portrait, le visuel qui a inspiré l’agence de publicité ou le créateur de la marque ? Est-ce le modèle, Nathalie, conceptrice du projet ou le photographe ? Le droit répond parfois difficilement à ces questions mais c’est surtout le dérobement de cette question qui intéresse ici, et qui donne à ce travail sa dimension artistique.

ce travail à caractère unique, n’a pas vocation à faire objet d’édition, catalogues, support commercial, endossement par d’autres marques.

Nathalie Croquet, rédactrice de mode

« L’idée m’est venue quand je me suis rendue compte que pour expliquer à mes équipes de photographes, maquilleurs, coiffeurs, ce que j’avais en tête pour des séries de mode, je faisais des auto-portraits en situation. Cela faisait beaucoup rire et nous partions toujours sur une note amusée, curieuse, et créative. Les photographies d’artistes comme Diane Arbus et Cindy Sherman reproduites l’année dernière par John Malkovich et James Franco m’ont fait beaucoup rire. L’idée de recréer des images qui correspondent à mon univers professionnel est venue tout naturellement. Ainsi est né la série SPOOF.

La dimension narcissique est aussitôt nuancée par le « second degré » puis par l’humour présent dans ces photographies. J’ai exploré de nouvelles sensations, celles de mon corps et de mon visage face à l’objectif. En changeant de rôle j’ai découvert mon métier sous un autre angle.

Jamais ne m’a effleuré l’envie de tourner en ridicule ces campagnes de pub qui sont le fruit d’un travail de qualité. Paradoxalement ce qui pourrait être interprété comme de la moquerie, voire du sarcasme, s’est avéré un hommage, et curieusement met en valeur les visuels d’origine tout en créant un autre univers. Il ne s’agit pas de plagiat, ni de discours critique, mais d’une pause ludique dans mon travail, quelque chose d’amusant qui a pris une profondeur que nous n’attendions pas et qui je l’espère saura déclencher rire et réflexion. »

Daniel Schweizer, photographe publicitaire

« Nathalie Croquet a un humour et une auto-dérision qui l’élèvent spirituellement. Elle a, comme on dit, de l’esprit. Elle a aussi un courage certain à se montrer sous un jour aussi cruel, et je connais peu de gens capable d’en faire autant, particulièrement dans l’univers de la mode.

J’ai découvert à travers ces portraits si singuliers une femme, dont l’identité se dérobe image après image. Elle est comme l’homme qui se définit texte après texte dans l’ouvrage formidable de Sophie Calle « prenez soin de vous », paru en 2007, dans lequel 107 femmes font l’analyse d’une lettre de rupture . Plus on parle de lui, plus on doute de qui il est vraiment.

La notion d’identité est véritablement floue et en quelque sorte reste toujours une fiction. C’est une histoire qu’on se raconte, qu’on raconte aux autres, et les versions changent tout le temps.

Pour un photographe publicitaire comme moi, prendre une image publicitaire publiée comme maquette est un exercice très étrange surtout qu’ici il s’agissait de ne pas véritablement copier ou d’atteindre la perfection. Bien au contraire, il fallait trouver le bon dosage à la prise de vue et à la retouche numérique pour rendre le lien avec l’original évident, mais aussi de préserver une image « authentique » de Nathalie.

Le jeu ici ne consistait pas à tricher, ou à retoucher à l’excès jusqu’au plagiat. C’eut été trop facile. Que fallait-il laisser au réalisme ?

La plupart du temps nous lisons les images publicitaires sans les analyser, sans percevoir pleinement l’étendue des interventions en amont ou en aval de la production. Vêtements et accessoires modifiés, peau nettoyée en retouche numérique, décor truqué, corps étirés ; c’est seulement en cherchant à nous approcher de ces images que nous en avons pris la pleine mesure. Leur apparente simplicité est le fruit d’un énorme travail.

Me restent ces souvenirs de Nathalie, sérieuse comme un pape, concentrée comme une pro, dans des situations grotesques et cela m’enchante. »

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