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MAISON ERNEST ss16 Johanna turquoise

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MAISON ERNEST ss16 Splendeur

MAISON ERNEST ss16 Stella

MAISON ERNEST ss16 Suave

MAISON ERNEST ss16 Sybille

Photos de la collection Printemps-Été 2016 par Pierre dal Corso

 

De 14 cm d’élévation à 10 cm de confort, le voile se lève sur le secret le mieux gardé de Paris, le chausseur parisien Maison Ernest, bien connu de toutes les élégantes amoureuses de talon, et sa directrice Isabelle Bordji. Pour l’automne 2015, le mythique chausseur parisien ERNEST devient tout naturellement MAISON ERNEST. Il dévoile sa nouvelle identité visuelle et le relooking complet de sa boutique historique située à Pigalle au 75 Boulevard de Clichy dans le 9ème arrondissement de Paris. L’aménagement et la décoration ont été confiés à l’agence Costa qui a décliné l’ADN parisien et glamour de la marque : velours rouge, bois laqué noir, métal doré et moquette à carreaux noirs et blancs. Un vibrant hommage et un véritable écrin pour les souliers classiques de la maison ainsi que les nouvelles créations imaginées par sa directrice artistique, Isabelle Bordji.

http://www.ernest.fr/

 

IsabelleBordji_MAisonErnest_CamilleMalissen

Isabelle Bordji photographiée dans la boutique Maison Ernest à Pigalle par Camille Malissen

Ce qu’il faut savoir sur Maison Ernest. Texte par Paquita Paquin

Fondée en 1904 par le chausseur Ernest Amselle, la Maison Ernest, spécialiste du talon haut, a presque l’âge de la Tour Eiffel. Si son adresse, à deux pas du Moulin Rouge et de Pigalle, est restée une affaire de connaisseurs, elle n’en est pas moins emblématique du patrimoine coquin de la capitale. Maison Ernest, c’est une histoire d’élévation et de liberté puisque la marque pratique des hauteurs d’aiguilles vertigineuses (jusqu’à 14cm sans patins), des bouts pointus provocants, et un éventail de pointures offrant aux femmes une capacité de séduction infinie. À l’image de Jean Paul Gaultier qui créé son propre modèle de soulier Ernest dans les années 80, la réputation envoutante et sulfureuse de ces talons hauts qui arpentent les trottoirs et les scènes des cabarets, influence nombre de créateurs de mode et, parmi eux, une nouvelle race de chausseurs apparus dans les années 80- 90 qui a su orchestrer une petite révolution, transformant radicalement le destin du soulier qui passe du statut d’accessoire fonctionnel à celui d ‘objet de désir, de fantasme et de pouvoir. Ce qu’Ernest avait compris bien avant eux. Les talons Ernest lient le pied à la posture et au maintien, ils affinent et galbent les jambes qui deviennent interminables. Le label a toujours su exacerber la féminité, rendre la femme plus envoutante. Le photographe berlinois, Helmut Newton, fantasmait sur la mode androgyne de l’entre-deux-guerres. Il a brisé les tabous et les codes. Dans ses images, il impose une féminité hors-norme. Alliés incontournables de ses nus féminins sculpturaux : les talons Ernest. Mode, photo, spectacles, les chorégraphes Blanca Li ou Philippe Decouflé, et aujourd’hui les nouvelles revues du Crazy Horse et des Mugler Follies, tous adoptent le vertige signé Maison Ernest. Le secret de ces talons qui changent la posture et donne de l’assurance, c’est leur confort qui repose sur l’ingéniosité de sa cambrure et la largeur de l’assise au sol, un équilibre qui autorise à porter des escarpins Ernest toute la journée, voire la nuit entière. Isabelle Bordji est encore directrice artistique de la maison Cervin, un grand nom du bas couture depuis 1920, quand se présente l’opportunité du rachat d’Ernest en 2012. Pour cette acquisition qui va dans le fil rouge de son destin, elle coiffe au poteau des marques de renom. Tout naturellement, en 2012, cette ancienne élève du Studio Berçot, passe du bas-couture au talon haut. Les valeurs d’Ernest sont les siennes, basées sur le respect des singularités, la liberté d’être soi-même, sans tabous ni jugements.

Boutique MAISON ERNEST

La boutique MAISON ERNEST illustrée par Antoine Krük

Isabelle Bordji, fille d’altesse royale de la dynastie javanaise Pakualaman III.

En Indonésie on l’appelle simplement “altesse Isabelle” son nom Indonésien est Prawesti. C’est la branche catholique, car le roi, son arrière grand père s’est converti au catholicisme afin de sceller la paix avec les hollandais après 300 ans d’occupation. De nombreux ancêtres sont des héros de l’histoire indonésienne cités dans les livres d’histoires et certains même sur les billets de banque. Son parcours : Le Cours Berçot, elle lance sa première collection de chaussures (fabriquées en Indonésie) puis elle devient directrice artistique de CERVIN (les bas couture) avant de devenir propriétaire et directrice artistique de Maison Ernest il y a trois ans.

Qui êtes vous Isabelle Bordji ?

J’ai su à 7 ans ce que je voulais faire : ce serait la mode, dessiner des robes, des accessoires et surtout… des chaussures. La « faute » à ma mère, dont les paires de talons hauts de Ted Lapidus, Roger Vivier ou autres Maud Frizon me subjuguaient littéralement. Mon éducation un peu particulière a également joué son rôle : quand on a une mère princesse javanaise, et un père originaire des montagnes de la petite Kabylie, on appréhende le monde peut-être différemment. Pour parler de ma mère, et de sa famille, il s’avère que mon grand-père maternel était roi, issu de la dynastie javanaise Pakualaman III. J’ai des héros parmi mes ancêtres, que l’on célèbre dans les livres d’histoire indonésiens, certains même apparaissent sur les billets de banque du pays (l’Indonésie n’a été créée qu’en 1945, regroupant plusieurs royaumes, dont le plus important celui de Java). Notre côté de la famille est catholique ce qui est étonnant dans un pays à 90% musulman. Cela s’explique par le fait que mon arrière-grand père, alors le roi, décida de se convertir au catholicisme afin de sceller la paix avec les hollandais, après 250 ans de colonisation. La branche voisine, musulmane, consacre le sultan, dont l’actuel est le cousin de ma mère. Bien que ces titres d’altesses royales ne soient plus qu’honorifiques (le palais royal de mes ancêtres est à présent un musée, et ma grande tante, dernière descendante vivant encore dans l’enceinte du palais, est décédée il y a déjà quelques années), l’éducation reste très ancrée dans notre ADN : la famille royale se doit d’être au service du peuple, et jamais l’inverse. Peut-être que mon envie d’offrir de la beauté et du confort aux femmes est-elle naît de là ? Ainsi, ma mère a pu faire se études à l’étranger : Japon, Etats-Unis, Angleterre, et enfin la France. Elle y rencontra mon père. Tout les opposait, ils décidèrent pourtant de se marier contre l’avis de mon grand-père. Pourtant ce sont bien les mêmes valeurs qui ont rapproché mes parents : vivre pleinement, en toute simplicité, et en toute liberté de protocole ou autre obligations dues à un rang de princesse. Quand je la questionne aujourd’hui, ma mère ne regrette pas une seule seconde son choix : elle a la vie dont elle avait toujours rêvé, incognito, simple, à la française, dans le sud de la France. Mon parcours scolaire n’avait ainsi qu’un but : arriver à des études dans la mode. Après un Bac Arts Plastiques et un BTS Stylisme Modélisme, j’ai intégré le Studio Berçot, dont l’enseignement a été pour moi une véritable révélation, voire même une confirmation. Déjà à cette époque, Marie Rucki disait de mon travail : « Elle, ce sera les chaussures ».

Après être passée par le secteur du prêt-à-porter de luxe avec le groupe Pastor, puis dans les bas couture à l’ancienne en tant que directrice artistique, le destin a mis Ernest, à l’époque, sur mon chemin. Je n’ai pas réfléchi quand cette opportunité s’est offerte à moi : j’ai foncé direct ! Aujourd’hui, cette identité mêlant le Paris canaille datant du début du 20e siècle au luxe m’épanouit vraiment en terme de potentiel de développement et de création. Afin de renouer avec son identité parisienne j’ai rebaptisé « Ernest », « Maison Ernest ». L’identité visuelle a été repensée afin de redonner son caractère 1900 et Art déco à la maison, en y intégrant une vraie modernité, pour une expérience client unique au sein de la boutique historique datant de 1904. Je ne perds pourtant pas de vue le confort des souliers. Comment le pourrais-je alors que je suis maman de 3 enfants de 3, 6 et 7 ans ! Ils sont ma priorité avant tout, et je leur consacre tout mon temps libre. Je n’oublie pas pourtant de me cultiver de l’intérieur : encore une philosophie javanaise qui insiste sur le fait que tout émane de l’intérieur. La nourriture spirituelle étant une nourriture à part entière. Piano, Yoga, boxe anglaise sont mes activités favorites, et j’aimerai parfois y consacrer plus de temps ! Il faut dire que pour le travail je voyage énormément à travers le monde (rien que ces 10 derniers mois je me suis rendue dans 12 pays différents en Europe, Asie, Moyen Orient, Amérique du Nord et Amérique latine), ainsi quand je suis à Paris je peux me montrer parfois un peu casanière… J’ai la chance d’habiter un quartier multiculturel très riche, le 20e, à l’entrée du parc de Belleville. Cette simplicité et ces mélanges me font du bien, car cela correspond à mon éducation. Il est normal alors que je me sente aussi à l’aise dans le quartier de Pigalle…

L’évolution de la Maison Ernest depuis 2012 en quelques lignes :

En 2012, Isabelle Bordji acquiert la marque Ernest. Entre 2012 et 2015, elle réédite et réinterprète les classiques de la maison : escarpins, mules, boots, bottines et bottes, cuissardes et genouillères. Elle démocratise plusieurs modèles mythiques qui n’étaient jusqu’alors disponibles qu’en 14 cm en proposant des hauteurs de 12 cm et 10 cm, rendant accessible et confortable le rêve d’élévation qu’incarnaient ces modèles. Perfectionniste jusqu’au bout de ses ongles impeccablement vernis elle choisit les plus beaux cuirs et les plus belles finitions apportant ainsi un peu plus de sophistication et de raffinement. Aujourd’hui, les clientes célèbres ou anonymes se pressent à la boutique pour acheter l’escarpin noir parfait ou hésiter devant le très grand choix de cuissardes et de genouillères, ou bien fondre de désir pour un escarpin ou une sandale à plumes. Le voile est donc enfin levé sur cette maison mythique mais la Maison Ernest a gardé quelques secrets et mystères que nous dévoilerons au compte goutte dans les prochains mois….


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