karuna balloo horticultrice textile /

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Karuna Balloo vit dans le quartier à la fois intime et effervescent de la place de la Bastille. Et c’est bien à l’image de la jeune femme : elle avoue avoir comme meilleur souvenir à Paris les nuits effrénées au Pulp entre 1999 et 2002 et pouvoir sauter dans un train avec simplement un petit sac et un carnet à dessin pour Londres ou Bréhat. Elle aime aussi ralentir le rythme pour retrouver le calme de sa maison de famille à Cornillon dans le Gard, là ou les figuiers et les chats parmi les pierres fraîches reprennent le contrôle.

Elle a su trouver son rythme, pas besoin de sport pour évacuer : «la broderie est une activité incroyablement relaxante». Quand on parle de son style, on comprend vite qu’on a en face de nous quelqu’un d’instinctif, jusque dans le choix de sa garde robe. Des trouvailles, des robes home made, des talons eighties, des blouses roumaines chinées, des jupes fifties héritées. Son mode de vie est une illustration de l’aura de bien-être qu’elle dégage. Karuna était bien végétarienne un temps, mais le foie gras mi-cuit et les frites des Banquettes, rue de Prague ont un jour eu raison de son végétarisme.

Ce qu’elle appelle elle-même un «joyeux bordel organisé» a trouvé tout son sens au moment de son voyage au Japon. Le pays de l’origami, des geishas et des traditions transmises religieusement de générations en générations, fut un choc. Karuna y puise un univers visuel qu’elle mêle à sa propre expérience pour prendre la décision de devenir horticultrice textile. Un métier inédit ? Presque ! Depuis son enfance, la jeune créatrice a compris le pouvoir des fleurs, leur capacité à séduire, charmer et adoucir les mœurs. Après des études de mode et design textile à LISAA Paris et dix ans dans la création textile, Karuna a  matérialisé son amour naturel des fleurs en accessoires : hair clips, broches colliers, serres tête et ceintures. Rechercher et sélectionner des coupons rares de surplus de tissus couture, dénicher des étamines vintage des années 30 ou 50, colorer des matières nobles comme l’organza de soie, retrouver les techniques traditionnelles de pliage japonais, l’origami, Karuna Balloo crée une  fleur imaginaire qui reflète tout son univers.

Comme elle le dit, c’est une question de qualité, le soin de la fabrication artisanale en fait des parures précieuses. Inspirées par l’Hollywood d’entre deux guerres, la tradition japonaise, et l’ornement, les créations de Karuna Balloo, à l’image des us polynésiens, se veulent également quotidiennes, «un parti pris dans la féminité» des femmes qui les choisissent.

Dans quel quartier habitez vous à paris? À Bastille entre la rue de Charonne, Aligre et la gare de Lyon.

Quel est votre meilleur souvenir à Paris ? Danser jusqu’au petit matin au Pulp entre 1999 et 2002, et les bal des pompiers de la rue du Jour.

Où est-ce que vous aimez aller le weekend? Comment décririez vous votre week-end type?  Sauter dans un TGV au petit matin avec trois fringues, un carnet à dessin dans un petit sac, surtout pas être chargée. Destination sud de la France, Londres ou Bréhat…

Passions d’enfance conservées? Passer des après midi pluvieuses dans une bibliothèque municipale. On y trouve toujours des trucs intéressants…

L’endroit ou vous partez en vacances pour vous ressourcer? À Cornillon un tout petit village dans le Gard, vieille maison familiale, vieilles pierres, siestes avec les chats à l’ombre d’un figuier géant, apéro avec les vielles du village, pas de boite de nuit, pas de piscine…

Quelle activité vous détend ? No sport!  La broderie est une activité incroyablement relaxante. 

Comment définiriez-vous votre style vestimentaire? instinctive? style/tendance? Carrément instinctive, je fais très peu d’achats. Ma penderie est faite de trouvailles, robes ( souvent cousues par mes petites mains 2 heures avant une fête ), chaussures à talons eighties, jupes fifties. Blouses roumaines… Je n’ai qu’un seul jean… jamais de ballerines.

Un aliment, un plat que vous aimez préparer, un restaurant préféré? Le foie gras mi cuit et les frites maison, je sais c’est pas très glamour. J’étais longtemps  végétarienne, j’ai craqué un jour au pause café en regardant l’assiette de mon voisin…Je suis plutôt bistro et café du coin. Mon restaurant préféré s’appelle “les banquettes” rue de Prague, c’est français et super bon…

Estimez-vous avoir une vie rangée? Certainement pas rangée, plutôt un joyeux “bordel ” organisé, mais je fantasme sur une vie rangée.

La chose la plus dingue de votre vie? Mon voyage au japon, quelle claque!

Quels sont vos gestes beauté, secret de famille transmis ou recette inavouable efficace? L’important c’est le masque, pas le shampoing. De l’huile d’onagre sur la peau du visage et de l’huile de coco sur les cheveux. Et un bon massage dur cuir chevelu. Du massage partout de toutes façons !

Quel est votre parcours jusqu’à maintenant? Des études de mode et design textile à l’institut supérieur des arts appliqués  de Paris( Lisaa) et dix ans dans la création textile.

Comment en êtes-vous arrivée à l’accessoire qu’est la fleur en tissu? Je porte des fleurs dans les cheveux depuis toujours, n’étant pas très bijoux. Bien que détestant l’image de la fille exotique qui me collait à la peau depuis l’adolescence, j’ai très vite compris l’impact chez les garçons. Mais pas seulement: une fleur dans les cheveux pouvait miraculeusement calmer un agent des impôts ou attendrir un contrôleur de la SNCF… Par contre les filles détestaient. 

Qu’est-ce que la fleur, l’accessoire, le bijou représente pour vous? À mes yeux porter une fleur ( dans ses cheveux) est une réelle prise de parti dans la féminité de chaque fille. Je préfère de loin la mode d’entre deux guerres où les femmes savaient poser la fleur au creux d’une épaule ou dans des cheveux bien coiffés. C’est très hollywoodien en fait. 

Qu’est ce qui vous plait dans la mode? La beauté d’un vêtement fait avec soin, l’amour des matières nobles, la transmission d’un objet, les valeurs transmises d’une génération à l’autre. Le renouvellement, la passion des métiers de la mode, les vraies personnalités, les fous, les folles…

Ou vous déplaît? Les vêtements mal coupés, le shopping, la surconsommation de vêtement bas de gamme. Les sacs à main très très chers. Le calcul de trop grandes marges en lésinant sur les belles matières… Le “made in China” en général. Les grands groupes financiers, la surmediatisation d’un designer, ces étudiants en école de mode qui se destinent au métier de relookeur…

Comment avez vous appris cet art compliqué de l’horticulture textile? En faisant beaucoup de recherches sur les parures fleuries à travers les cultures et l’histoire…

Quelle genre de femme pensez vous toucher ? Les filles aimant s’entourer de beaux objets, sensibles au vrai luxe et au travail artisanal.

Comment espérez-vous que les femmes portent vos créations? Certaines femmes choisissent une tenue selon la fleur qu’elles ont acheté et d’autres le contraire. Dans les deux cas je sais qu’elles vont mettre la gomme. Et l’idée qu’elles ont envie de séduire avec me plait beaucoup.

Vous portez vos créations? Oui, bien sur! Parfois même pour aller faire des courses chez Monop.

Sont-elles un reflet de votre vision de la mode ou de votre mode de vie? Un jour j’ai vu aux infos une séance du parlement polynésien où tous les députés portaient des colliers de fleurs ou une fleur de tiaré derrière l’oreille…c’était dingue et très touchant à la fois. C’est mon coté « peace and love ».

Votre créneau est plutôt la fleur journalière, la fleur d’exception, de soirée?  Il faudrait que chaque jour soit exceptionnel…Même si elle a été crée au début pour faire la fête…

Comment choisissez-vous vos matières? L’organza de  soie est la matière la plus noble adaptées pour les effets de transparence et facile à teindre. Beaucoup de mes tissus proviennent de collections anciennes de maison de haute couture, c’est un long travail de recherches. Tout comme celui de trouver les étamines qui elles, datent pour la plupart des années 30 à 50.

Vos couleurs? J’ai une prédilection pour les couleurs chaudes et vives. Mais je fais aussi des demi-teintes. J’ai carrément une certaine allergie au marron chocolat et vert kaki… Et je lutte contre le total look noir en hiver, mais le combat est difficile.

Si vous n’étiez pas horticultrice textile qu’auriez vous aimé faire? Archéologue, j’ai fais trois ans à l’Ecole du Louvre…

– interview réalisée par Stéphane Saclier en Septembre 2011 –


 


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